1 :: CONTEXTE ET ENJEUX

1.1 :: Contexte économique

Depuis la mondialisation, et surtout depuis ces cinq dernières années, les fabricants français de prothèses dentaires ont à faire face à une forte concurrence des pays à bas coût de main d’œuvre. Désormais, la part des prothèses dentaires importées est estimée à 20% des revenus de la filière et 27% du nombre de prothèses vendues en France. La conséquence est que malgré un volume croissant de prothèses vendues, de par le vieillissement de la population, le chiffre d’affaires de la filière progresse très peu (+1,5% par an au cours de ces cinq dernières années selon la dernière enquête annuelle de l’UNPPD), ce qui traduit aussi une baisse significative des prix de vente. Par ailleurs, la pression des prescripteurs sur les prix ne faiblit pas.

En France, selon les résultats de l’enquête de branche menée par l’UNPPD en novembre 2008, 16% des fabricants de prothèses dentaires (750) sont équipés, et seuls 6% sont équipés d’une solution complète : système de CAO + machine à commande numérique. En effet, la plupart des fabricants de prothèses dentaires n’a recours qu’à la CAO et sous-traite la fabrication auprès du centre de production qui lui a vendu le système de CAO. Ceux qui sont équipés d’une machine l’utilisent essentiellement pour usiner des armatures en zircone. Le chiffre d’affaire réalisé avec la CAO ne représente que 3,5% du chiffre d’affaires de la filière.


1.2 :: Contexte technique

Depuis le début des années 2000, il existe des systèmes de CFAO dédiés à la conception et à la fabrication de prothèses dentaires. Pour l’instant, cette automatisation a essentiellement concerné la production d’armatures de prothèses fixes.

En 2006, l’arrivée des premiers systèmes de CAO ouverts a étendu le panorama de l’offre CFAO. En moins de trois ans, on est passé d’une dizaine de fournisseurs de systèmes et de centres de production à une vingtaine de fournisseurs de système et des dizaines de sociétés de services de fabrication, dont une majorité d’unités de production créées par des prothésistes dentaires plus quelques sous-traitants de l’industrie. Alors qu’en 2006 on ne comptait que cinq machines d’usinage disponibles en France, aujourd’hui on en compte une vingtaine.

Le champ d’application de la CFAO a également évolué. En 2006, il est devenu possible d’automatiser la conception et la fabrication de châssis de prothèses mobiles. Et actuellement, l’offre évolue vers la conception et la fabrication numériques de prothèses dentaires sur implants, un marché à fort potentiel de croissance qui permet aux laboratoires de préserver leur rentabilité.

En parallèle, les technologies numériques ont aussi progressé chez les dentistes. L’arrivée des scanners de numération 3D intra-buccale et de la reconstruction 3D de l’anatomie occlusale à partir de l’imagerie obtenue par tomographie ou par conversion d’un IRM sont des avancées qui démontrent qu’à moyen termes il sera possible de réaliser des restaurations dentaires avec un minimum d’interventions manuelles, voire sans préparations physiques.


1.3 :: Enjeux pour les prothésistes

Après la prothèse importée des pays émergeants, la concurrence risque de venir des industriels, et surtout des fournisseurs de laboratoires qui adressent aussi les dentistes. En effet, avec la fabrication automatisée et la validation numérique des restaurations, ils seront en mesure de vendre en direct des prothèses aux dentistes, en recrutant des maquettistes pour la modélisation. D’ailleurs, c’est déjà le cas dans le domaine de l’orthodontie. Et la vente de systèmes de fabrication aux dentistes ne laisse-t-elle pas présager de ce danger ?

Une chose est sûre, l’avenir des fabricants de prothèses dentaires va dépendre de la capacité de vos entreprises artisanales à se moderniser et à s’industrialiser. En ce sens, le Centre National d’Innovation et de Formation des Prothésistes Dentaires - CNIFPD, au service de tous les laboratoires français, est un levier sur lequel vous devez vous appuyer pour moderniser vos activités. Et pour franchir ce cap de l’industrialisation, vous devez vous regrouper afin de mutualiser des moyens de production qui lorsqu’ils sont sous-exploités ne sont pas rentables et mettent en péril vos entreprises. Si vous ne prenez pas conscience de cela, demain une grande part d’entre vous aura disparu et ne resteront que quelques grands laboratoires et des artisans céramistes.

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